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« Les démons ne viennent pas la nuit parce qu'ils aiment le noir. Ils viennent parce qu'ils savent que c'est l'heure où tu es seul avec ce que tu regrettes. »
Zoï Silmé
La forêt de Tiogo — 02h17
Il pleuvait depuis trois jours.
Pas la pluie qui lave. Celle qui pourrit — qui s'infiltre sous les portes, qui gonfle le bois, qui fait craquer les poutres dans le noir comme si la maison respirait. Zoï avait appris à ne plus l'entendre. Il avait appris à ne plus entendre beaucoup de choses.
Il était assis à la table. Devant lui : un verre d'eau, deux comprimés blancs posés sur le bois comme une offrande à un dieu auquel il ne croyait plus, et le silence. Il regardait les comprimés. Depuis combien de temps il les regardait, il n'aurait pas su dire.
Il les prit. Il les avala sans l'eau.
Les médicaments ne chassaient pas les visions. Personne ne lui avait dit que ça marcherait. Aucun médecin, aucun guérisseur, aucun prêtre — et il en avait consulté, dans une autre vie. Ce que les comprimés faisaient, c'était émousser les bords. Rendre les visions floues, cotonneuses, comme regarder à travers un verre dépoli. Elle était encore là derrière. Elle serait toujours là. Mais au moins il ne voyait plus la couleur exacte de ses yeux.
Il se leva. Alla à la fenêtre.
La forêt de Tiogo, la nuit, n'était pas belle. Elle était dense, noire, vivante d'une façon qui n'avait rien à voir avec les arbres. Zoï connaissait chaque bruit qu'elle produisait. Le craquement du vieux fromager à l'ouest quand le vent tournait. Les chauves-souris vers minuit, toujours vers minuit. L'eau qui stagnait dans les creux de latérite et attirait les crapauds.
Ce qu'il entendait là n'était rien de tout ça.
Un pas. Trop lourd pour un animal. Trop régulier pour quelqu'un qui se perd.
Quelqu'un qui cherche.
*
Il n'alluma pas de lumière.
Dans le noir, il alla au mur du fond — celui que les gens qui venaient parfois chez lui, rares, croyaient être un simple mur. Il posa la paume à plat sur le bois. Sentit le léger picotement résiduel, cette chaleur qui n'était pas de la chaleur, ce reste de quelque chose qui avait traversé son corps des années auparavant et qui n'était jamais complètement reparti. Il poussa.
Le panneau s'ouvrit. Derrière : des étagères. Des livres reliés en cuir dont les titres n'étaient pas en français. Des bocaux. Des cordes tressées avec des nœuds qui ne servaient pas à attacher. Un couteau à lame noire posé à plat sur un tissu blanc.
Il prit le couteau. Puis il prit autre chose — un flacon en verre, bouchon de cire rouge, liquide sombre à l'intérieur. Il en versa quelques gouttes sur sa paume gauche, ferma le poing, laissa brûler.
La brûlure réveilla quelque chose dans sa poitrine. Pas de la douleur. Plutôt de la mémoire. Le résidu. Ce que la possession laisse dans un corps comme le sien — des traces, des filaments de puissance accrochés à sa chair comme de la suie sur des murs calcinés. La plupart des gens qui avaient traversé ce qu'il avait traversé étaient morts ou fous. Lui, il avait appris à gratter la suie. À en faire quelque chose.
Il rouvrit le poing. Sa paume était sèche. La brûlure avait disparu.
Il était prêt.
*
Elle était déjà dans la cour quand il sortit.
Une femme. La quarantaine peut-être, robe de basin bleu trempée, cheveux plaqués sur le visage par la pluie. Elle se tenait immobile à quatre mètres de la porte, les bras le long du corps, la tête légèrement inclinée sur le côté — cet angle précis, quelques degrés de trop, que les corps humains n'atteignent pas naturellement.
Zoï s'arrêta sur le seuil.
Il ne dit rien. Il attendit.
La femme leva la tête. Dans le noir, il ne voyait pas ses yeux. Il les sentait — deux points de chaleur noire, comme des braises retournées.
« Tu sens bon. Pas toi. Ce qu'il y a en toi. »
Sa voix n'était pas une voix. C'était plusieurs voix superposées, décalées d'une fraction de seconde les unes par rapport aux autres, comme un écho qui aurait précédé le son. La voix de la femme par-dessous, presque étouffée. Et celle du démon par-dessus — grave, mouillée, trop large pour une gorge humaine.
Zoï reconnut le registre. Rang intermédiaire. Pas le genre qu'on envoie pour un simple meurtre.
Quelqu'un avait voulu être sûr.
« Tu t'es perdu », dit-il.
« Non. » La femme fit un pas vers lui, et les flaques autour d'elle se mirent à bouillonner doucement, sans chaleur, sans raison physique. « Je t'ai cherché. Il y a une différence. »
Puis elle chargea.
*
Le premier impact lui brisa deux côtes.
Pas la peine d'attendre de sentir la douleur pour le savoir — l'angle était mauvais, la force absurde pour un corps féminin de soixante kilos, et quelque chose dans son flanc gauche craqua avec ce bruit mat, interne, qui ne laissait aucun doute. Il traversa la porte en bois derrière lui comme si elle n'existait pas, atterrit sur le sol de terre battue de la maison, et le couteau lui échappa de la main dans l'obscurité.
Il chercha à reprendre son souffle. Sa cage thoracique refusait de se dilater normalement.
La femme entra par l'ouverture qu'il avait faite dans la porte. Elle ne marchait plus tout à fait — ses pieds effleuraient le sol de façon irrégulière, comme si quelque chose en elle hésitait encore entre marcher et autre chose. Sa main droite avait changé. Les doigts s'étaient allongés, les articulations inversées, la peau tendue sur des structures qui n'étaient plus des os mais quelque chose de plus sombre, de plus poreux.
Zoï la regarda et vit autre chose.
Il vit Ama.
Debout dans l'encadrement, les cheveux mouillés, la robe de basin bleu — mais la sienne, celle qu'elle portait le soir de la fête des récoltes, trois ans avant sa mort. Elle souriait. Elle tendait la main vers lui.
Zoï. Tu t'es encore blessé.
Il ferma les yeux. Les rouvrit. La femme possédée était là — pas Ama, jamais Ama, les médicaments avaient faibli sous l'effort et les résidus remontaient, ces images enfouies qui cherchaient toujours une fissure pour sortir. Il le savait. Il savait faire la différence.
Il se dit qu'il savait faire la différence.
Elle lui sauta dessus.
Cette fois il ne l'esquiva pas assez — sa main allongée lui ouvrit l'épaule droite sur une dizaine de centimètres, pas profond mais brûlant, et la douleur fut assez réelle pour effacer Ama un moment. Il attrapa le poignet déformé à deux mains, força en rotation, entendit quelque chose craquer — pas de l'os, quelque chose de plus dense — et la femme laissa échapper un son qui n'avait pas de nom, entre le grondement et le gémissement, trop bas pour venir de sa gorge.
Elle le plaqua contre le mur. Sa main valide autour de son cou. Ses yeux à dix centimètres des siens.
Les yeux n'étaient plus des yeux. Les iris avaient débordé, envahi le blanc, et dans ce noir complet quelque chose remuait — de petites formes, des silhouettes minuscules qui se déplaçaient à l'intérieur comme des ombres dans de l'huile. Zoï en avait vu de similaires une seule fois auparavant. Il avait mis trois semaines à ne plus les voir quand il fermait les yeux.
« Beau vaisseau », souffla la chose dans la gorge de la femme. Elle appuya plus fort. « Il va aimer ça. »
Il vit Ama encore — juste une seconde, juste sa main sur sa joue, juste la chaleur que ses doigts n'avaient plus depuis longtemps — et il dit non à voix basse, un mot court et sec comme une porte qu'on ferme, et il trouva le couteau.
Il ne l'avait pas cherché. Sa main l'avait trouvé dans le noir, contre le pied de la table, comme si le couteau avait décidé d'être là. Il ne se posa pas de question là-dessus. Il n'avait plus le luxe des questions.
Il le planta.
Pas dans la chair — à côté, dans l'air juste à droite du flanc de la femme, et il traça un arc vers le bas en murmurant les mots qu'il connaissait par cœur, ces syllabes qui n'appartenaient à aucune langue vivante et qui lui brûlaient toujours un peu la langue quand il les prononçait. La lame noire ne coupa pas le vide. Elle coupa quelque chose dans le vide — quelque chose qui était là sans être là, une présence ancrée dans le corps de la femme comme une racine dans de la terre.
Le résultat fut immédiat et horrible.
Ce qui sortit d'elle n'avait pas de forme fixe. Une masse sombre d'abord, compacte, à peu près de la taille d'un enfant — puis qui s'étira, qui se déplia, qui poussa des appendices dans plusieurs directions comme si elle cherchait quelque chose à attraper. Elle avait des bouches. Plusieurs, et pas aux bons endroits. Elles s'ouvrirent toutes en même temps et ce qui en sortit n'était pas du son mais quelque chose que Zoï ressentit dans ses dents, dans ses cicatrices, dans les endroits de son corps où les résidus des anciennes possessions dormaient.
La chose essaya de le saisir.
Il la laissa faire — une fraction de seconde, juste assez pour qu'elle s'accroche à lui, juste assez pour qu'elle sente ce qu'il y avait en lui et comprenne son erreur — puis il la saisit en retour.
Ce qu'il fit ensuite, il n'aurait pas pu l'expliquer à quelqu'un qui n'avait pas traversé ce qu'il avait traversé. Ce n'était pas un rite. Ce n'était pas de la prière. C'était quelque chose de plus sale, de plus intime — prendre les filaments de puissance résiduels dans sa propre chair, les retourner vers l'extérieur comme on retourne un gant, et pousser. Pousser avec tout ce qui restait de ce que les années de possession avaient laissé en lui.
La chose hurla. Les bouches s'ouvrirent toutes ensemble dans des directions impossibles.
Puis elle se désintégra.
Pas lentement. D'un coup — une détonation silencieuse, une lumière noire qui n'éclairait rien, et plus rien. Juste la pluie. Juste le sol de terre battue sous ses genoux. Juste la femme, effondrée contre le mur, inconsciente, ses mains redevenues des mains, ses yeux fermés sur quelque chose qui ressemblait enfin à du sommeil.
Zoï resta à genoux un long moment.
Son épaule saignait. Ses côtes refusaient toujours de fonctionner normalement. Quelque part dans le noir, les résidus qu'il venait d'utiliser se reconstruisaient lentement — il les sentait se reformer, lents, épuisés, comme une flamme qui reprend après avoir failli s'éteindre. Il avait forcé trop fort. Il mettrait des jours à récupérer.
Puis la chose dans sa poitrine se manifesta — ce filament résiduel qui n'avait pas fini de vibrer après l'expulsion. Parfois, dans les secondes qui suivaient, les derniers fragments du démon laissaient une empreinte. Une information malgré eux. Pas des mots — plutôt une sensation, une direction, comme une odeur qu'on capte avant de comprendre ce qu'elle signifie.
Ce qu'il reçut cette fois-là n'était pas une odeur.
C'était une échelle. La sensation brutale et écrasante d'une puissance infiniment supérieure à ce démon-là — comme regarder depuis le fond d'un puits et voir le ciel, et comprendre que le ciel n'est pas le plafond mais juste une étape. Quelque chose de très haut avait envoyé cette chose-là. Quelque chose qui savait son nom à lui. Qui avait pris la peine de chercher.
Qui avait quelque chose qui lui appartenait.
*
Il rentra. Posa le couteau. S'assit à la table.
Le verre d'eau était encore là. Il le but.
Dehors, la femme respirait sous la pluie. Il irait la mettre à l'abri dans un moment. Pas maintenant. Maintenant il avait besoin que ses mains arrêtent de trembler — pas de peur, il avait désappris la peur, mais de cette vibration particulière qui venait quand quelque chose de très grand vous remarquait.
Il regarda ses mains.
Elle aurait détesté ça. Elle aurait dit : pose-les à plat sur la table. Respire. Les mains qui tremblent ça se soigne, Zoï, c'est juste de l'adrénaline, ça n'a rien de honteux.
Il posa les mains à plat sur la table.
Il respira.
Elle n'était pas là pour voir ça. Elle n'était plus là pour rien. Et c'était sa faute à lui — sa décision à lui, son contrat à lui, sa stupidité à lui — et maintenant quelque chose de vieux et de mauvais avait ce contrat entre les mains, et Zoï Silmé était assis dans une maison au milieu d'une forêt à regarder ses paumes comme si elles pouvaient lui donner une réponse.
Elles ne répondaient pas.
Il se leva. Il alla chercher une couverture pour la femme dans la cour.
Il avait du travail.
— ✦ —
Tiga Oulon
Route de Tiogo — 06h43
Il avait dormi deux heures dans la voiture.
Deux heures, la nuque tordue contre la vitre, le moteur coupé parce que le carburant n'était pas gratuit et que l'École du Chat ne remboursait les frais de mission que si on présentait des reçus — des reçus, comme si les démons émettaient des factures. Il s'était réveillé avec une contracture qui lui remontait jusqu'à l'oreille et le goût métallique d'un mauvais rêve dont il n'avait plus les détails.
C'était mieux comme ça. Il avait appris à ne pas vouloir les détails.
La route de Tiogo au petit matin sentait la latérite mouillée et le bois de chauffe. Tiga Oulon aimait cette odeur. C'était une des rares choses qu'il aimait encore sans effort, sans devoir se convaincre — cette odeur précise, ce moment précis entre nuit et jour où l'Afrique ressemblait encore à quelque chose de propre.
Il sortit de la voiture. S'étira. Grimaça.
Il avait vingt-neuf ans et un corps qui en accusait dix de plus — pas à cause des possessions, ça on s'y faisait, ça laissait des traces mais des traces nettes, délimitées. C'était le reste. Les nuits sans sommeil. Les routes. Les dossiers qu'il relisait trois fois parce que quelque chose ne collait pas, parce qu'un nom manquait, parce qu'un mort avait été classé accident trop vite par des gens trop haut placés pour qu'il pose des questions.
Il prit son téléphone. Rouvrit le dossier.
Femme, 44 ans, institutrice, village de Tiogo. Signalements des voisins depuis trois semaines : comportement erratique, absences, violence inexpliquée. Curé local avait tenté un rite, s'en était sorti avec trois côtes fêlées. Dossier remonté à l'École. Mission attribuée à Oulon, T., exorciste de niveau 3, disponible, dans le coin.
Dans le coin. C'était une façon de dire qu'il n'était jamais vraiment ailleurs.
Il remit le téléphone dans sa poche et regarda le village qui se réveillait cent mètres devant lui. Quelques silhouettes. De la fumée. Un âne attaché à un piquet qui le regardait avec cette expression que seuls les ânes savent avoir — un mélange d'indifférence totale et de jugement implicite.
Tiga lui rendit son regard.
« Je sais », dit-il à voix basse.
Il prit son sac et marcha vers le village.
*
La femme était devant une maison, assise sur un tabouret bas, enveloppée dans une couverture, un bol de quelque chose de chaud entre les mains.
Tiga s'arrêta à cinq mètres d'elle. Regarda. Ferma les yeux une seconde — pas pour se concentrer, juste pour laisser ses autres sens travailler sans l'interférence du visuel. L'empreinte démoniaque sur elle était froide. Pas active, pas en train de lutter, pas en dormance. Froide comme de la cendre. Le démon était parti depuis plusieurs heures.
Quelqu'un avait fait le travail avant lui.
Il rouvrit les yeux. Observa la porte défoncée derrière la femme. Le bois explosé de l'intérieur vers l'extérieur — donc le corps avait traversé la porte en partant de l'intérieur. Un impact violent. Il y avait du sang séché sur le montant droit, à hauteur d'épaule. Pas le sang de la femme possédée — trop haut pour ça. Le sang de celui qui avait combattu.
Il sentit la moutarde lui monter quand même. Deux heures de route. Une nuit dans une voiture. Trois côtes d'un curé.
Il s'approcha.
« Madame. »
Elle leva les yeux. Pas de panique, pas d'hostilité — juste cette hébétude douce des rescapés, cette façon de regarder ses propres mains comme si elles appartenaient à quelqu'un d'autre.
« C'est fini », dit-elle doucement. Comme si elle testait les mots.
« Oui. » Il s'accroupit à sa hauteur. « Qui vous a aidée ? »
Elle tourna la tête vers la forêt sans hésiter.
« L'homme de là-bas. »
Tiga se redressa. Il regarda la lisière des arbres — dense, les premiers troncs déjà dans l'ombre malgré l'heure. Rien de visible. Mais l'empreinte résiduelle de ce côté-là était forte. Récente. Il plissa les yeux.
Il prit son sac et marcha vers la forêt.
*
Il trouva la maison après dix minutes de marche sur un sentier qui n'était pas vraiment un sentier — juste des arbres légèrement moins serrés que les autres, une direction que quelqu'un avait empruntée assez souvent pour que l'herbe se souvienne.
La porte était cassée. Réparée à la va-vite avec deux planches clouées en croix, du travail de quelqu'un qui n'avait pas la force de faire mieux ce matin-là. Sur le sol de la cour, des traces dans la boue. Un corps traîné vers l'intérieur. Et de l'autre côté de la porte réparée, quelqu'un qui l'observait par l'interstice entre les planches.
Tiga s'arrêta au milieu de la cour.
« Je ne suis pas un démon », dit-il.
Silence.
« Exorciste. École du Chat. J'avais une mission dans ce village. »
La voix qui répondit était plate, économe, le ton de quelqu'un qui n'avait pas parlé à grand monde depuis longtemps.
« Elle est vivante. »
« Je sais. J'arrive trop tard, apparemment. »
Nouveau silence. Puis la porte s'ouvrit — les planches clouées et le reste en même temps, le tout d'un bloc — et l'homme qui apparut dans l'encadrement était grand, maigre de la maigreur des gens qui oublient de manger, une plaie mal bandée sur l'épaule droite et quelque chose dans le regard qui fit faire un pas involontaire à Tiga.
Ce n'était pas de la menace. C'était de l'absence. Le regard de quelqu'un qui avait retiré quelque chose de lui-même il y a longtemps et n'avait jamais recousu.
Tiga récupéra. Il était exorciste, il avait appris à ne pas lire les gens dans les premières secondes. Il regarda plutôt ce qu'il pouvait lire autrement.
Et là il s'arrêta.
L'empreinte sur cet homme était comme rien de ce qu'il avait rencontré sur le terrain. Il en avait senti des fragments sur la femme — des résidus du combat, de la technique utilisée. Mais sur l'homme lui-même c'était autre chose. Des couches. Des dizaines de couches superposées sur des années, du démoniaque entremêlé à quelque chose de plus froid, de plus propre, que Tiga reconnut après un moment avec un début de malaise : de l'angélique. Les deux ensemble. Dans le même corps. Comme si quelqu'un avait versé de l'huile et de l'eau dans le même récipient et qu'ils avaient fini par ne plus se séparer.
Ce n'était pas possible. L'École du Chat lui avait enseigné que ce n'était pas possible.
L'École du Chat lui avait enseigné beaucoup de choses qui s'avéraient fausses ces derniers temps.
« Tu as des blessures », dit Tiga, parce qu'il fallait dire quelque chose.
« Deux côtes. L'épaule. Rien de fatal. »
« Je peux regarder l'épaule. J'ai du matériel. »
L'homme le regarda un moment sans répondre. Tiga soutint le regard. Il avait appris à faire ça aussi.
« T'as mangé ? » dit finalement l'homme.
La question le prit tellement par surprise qu'il répondit honnêtement.
« Non. »
L'homme s'écarta de la porte.
Tiga entra. Il ne savait pas encore ce qu'il avait trouvé dans cette forêt. Il ne savait pas encore ce que ça allait lui coûter de le savoir. Mais quelque chose dans sa poitrine, pour la première fois depuis longtemps, ressemblait à l'envie de comprendre.
Il posa son sac. Il sortit son matériel de soin.
Ils avaient du travail, tous les deux.
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