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Un paresseux chez les saints Ch.1 — Prologue : Comment je suis devenu soldat du Christ
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Chapitre 1
Prologue : Comment je suis devenu soldat du Christ
1038 words ~5 min 26 vues 17 Jun 2026

Je vais vous raconter comment, à l’âge de douze ans, j’ai pris la décision la plus stupide de ma vie en étant absolument convaincu d’avoir trouvé le bon filon.

Mais avant ça, il faut que vous compreniez une chose essentielle sur Harold : Harold était intelligent. Pas du genre à travailler dur, non, ça, c’est pour les gens qui n’ont pas le choix. Harold était intelligent du genre à faire le strict minimum et à s’en sortir quand même, ce qui, vous en conviendrez, est une forme de génie bien plus raffinée.

Madame Sawadogo, ma maîtresse de CM2, ne voyait pas les choses tout à fait sous cet angle. Elle me le répétait régulièrement, avec ce sourire doux qui précède toujours une vérité désagréable :

— Harold, avec ce que tu as dans la tête, tu pourrais aller loin. Mais à ce rythme-là, c’est les autres qui vont partir sans toi.

Je hochais la tête d’un air grave et convaincu, et je retournais à mes occupations.

Un mardi après-midi, je me souviens que c’était un mardi parce qu’on avait travaux de groupe le mardi, et les travaux de groupe étaient ma croix —, Madame Sawadogo s’approcha de mon bureau avec l’air de quelqu’un qui allait me proposer un marché. Elle se pencha légèrement et dit, à voix basse :

— Harold. Si tu m’écoutes jusqu’au bout, je t’exempte de travaux de groupe pour aujourd’hui.

Je posai mon crayon.

Elle avait toute mon attention.

À côté de moi, Stephen leva les yeux de ses notes, Stephen qui, lui, n’avait pas besoin d’être appâté pour écouter. Stephen était de ces élèves qui prenaient des notes sur les notes, qui levaient la main avant même que la question soit terminée, qui rendaient leurs devoirs avec une page de trop par souci de complétude. La maîtresse l’adorait. Moi, je voulais juste la paix.

Madame Sawadogo nous parla donc du Prytanée Militaire du Kadiogo. Elle prononça ces mots comme on annonce une audience avec le roi; les yeux brillants, la voix solennelle. La meilleure école du pays. Les futurs grands hommes de la nation s’y formaient. Les concours d’entrée étaient redoutables, réservés aux esprits les plus affûtés.

— Vous deux, dit-elle en nous regardant tour à tour, vous avez ce qu’il faut.

Stephen se redressa imperceptiblement sur sa chaise. Je sentis quelque chose s’allumer en moi aussi, pas l’ambition, non, je n’étais pas encore contaminé par ce virus-là. C’était plutôt la curiosité. L’idée d’affronter les petits génies du pays, de mesurer ce que valait vraiment mon minimum syndical face à leur maximum déployé. Pourquoi pas, après tout ?

Stephen, lui, réfléchit deux jours avant de décliner poliment. Le Prytanée Militaire, c’était trop contraignant pour lui. Il préférait tenter uniquement le séminaire. Je trouvai ça raisonnable. Stephen avait toujours été plus sage que moi, ce qui, dans ce cas précis, n’allait pas lui épargner grand-chose non plus.


Quand je rentrai à la maison et exposai la chose à mes parents, mon père n’eut pas besoin d’une seconde pour être convaincu. Il m’interrompit à mi-phrase — il interrompait souvent ma mère dans ces moments-là, mais ce soir-là c’est moi qui fis les frais de son enthousiasme.

— Les documents. Où sont tes documents ?

Ma mère essaya de placer un mot.

— Chéri, il faut d’abord—

— Les documents, je dis.

Ce fut à peu près tout ce qu’il dit de la soirée. Il rassembla les papiers avec une efficacité que je ne lui avais jamais vue pour autre chose; lui qui pouvait laisser une ampoule grillée dans le couloir pendant trois semaines sans que ça le préoccupe outre mesure. Les dossiers furent prêts en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire.


C’est là que ma mère intervint vraiment.

Elle attendit le bon moment, ma mère a toujours eu le sens du timing, et me parla du Petit Séminaire Saint K. de B. avec la voix de quelqu’un qui vous révèle l’emplacement d’un trésor caché.

— C’est un endroit magnifique, dit-elle. Plein de verdure. L’air y est frais.

Je l’écoutais.

— On y mange bien. Trois repas par jour, copieux, préparés avec soin.

Je l’écoutais un peu mieux.

— Les garçons y vivent en paix. Pas de bagarres, pas de bruit. On étudie, on prie, on se repose.

Là j’étais complètement avec elle.

— Et puis… elle prit une légère pause, comme pour ménager son effet, les profs sont des hommes de Dieu. Doux. Patients. Ils ne haussent jamais la voix.

Une école où les professeurs ne haussaient jamais la voix. Je laissai cette information faire son chemin dans mon esprit.

— Et tu sais, ajouta-t-elle sur le ton de la confidence, là-bas les élèves qui travaillent bien ont des privilèges spéciaux. Des chambres plus tranquilles. Des petits arrangements.

Elle marqua une pause, me regarda droit dans les yeux, et lâcha l’argument définitif, celui qu’elle gardait en réserve pour les grandes occasions :

— Et puis mon fils… il n’y a même plus vraiment de cours. Tu passeras tes journées couché.

Je n’avais plus aucune question.

— Et le prytanée militaire ? tentai-je quand même, par acquit de conscience.

Ma mère prit l’air de quelqu’un à qui on demande de choisir entre un voyage en première classe et une marche forcée sous la pluie.

— Mon fils… là-bas on se lève à cinq heures du matin.

La discussion était close.


Je passai les deux concours. Je fus reçu aux deux.

Ma mère ne laissa pas le silence s’installer. Elle posa la main sur mon épaule, me regarda avec toute la tendresse d’une femme qui a déjà pris la décision à ta place depuis longtemps, et dit simplement :

— Va au séminaire. Et deviens soldat du Christ.

L’image du réfectoire paisible, des longues journées studieuses sous les arbres, des professeurs qui ne haussaient jamais la voix tout cela dansait dans ma tête. Je n’eus aucune hésitation.

C’est ainsi que Harold, intelligent paresseux de son état, tourna le dos au Prytanée Militaire et choisit de devenir soldat du Christ.

Il ne savait pas encore que le Christ, lui aussi, attendait ses soldats au garde-à-vous.


Bien mieux ! On retient les tirets pour toute la suite. Raconte-moi la rentrée maintenant !

Œuvre terminée !

Vous avez terminé Un paresseux chez les saints. Félicitations !

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1 reviews
M
Moonlight
17 Jun 2026
je me tort de rire en lisant certains passage
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