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Ce que mes mains n'ont jamais su Ch.3 — Chapitre 3: La décision
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Chapitre 3
Chapitre 3: La décision
732 mots ~4 min 50 vues 08 Jul 2026

Les premiers jours, Rachel ne pleura pas. Elle rangea. Elle classa des papiers, replia des vêtements, essuya une table qui n’était pas sale. Le corps a besoin de faire quelque chose quand l’âme ne sait plus quoi faire d’elle-même.

Puis, une nuit, la question arriva, et ne repartit plus. Est-ce ma faute ?

Elle la retourna dans tous les sens. Le café qu’elle avait bu, ce matin-là, trois semaines avant. La fois où elle avait couru pour attraper le bus. Une prière qu’elle avait oublié de dire. Rien de tout cela n’avait de sens, et pourtant tout devenait suspect, rétroactivement, comme si son corps lui avait tendu un piège qu’elle aurait pu éviter si elle avait été plus attentive, plus digne, plus quelque chose.

Mon corps a-t-il failli ? Personne ne pouvait lui répondre. Le médecin lui avait dit, dans une phrase rapide avant qu’elle ne sorte de l’hôpital, que ce n’était la faute de personne. Rachel avait hoché la tête. Elle ne l’avait pas cru une seconde.

Elle pensa à Dieu, aussi. Pas avec la colère franche qu’on imagine dans les films. Avec quelque chose de plus fatigué, de plus usé ; la colère de quelqu’un qui croit encore, et qui aurait préféré, pour une fois, ne pas croire.

Si tu existes, pourquoi elle ? Pourquoi elle n’avait pas le droit d’exister, juste un peu plus longtemps ? Aucune réponse ne vint. Rachel continua de croire quand même, parce que c’était la seule chose qui restait debout en elle, et continua d’être en colère, pour la même raison.


Il tint deux semaines. Puis il commença à le dire, d’abord doucement, comme on teste une porte avant de la pousser. — Tu devrais sortir un peu. Ça te ferait du bien. Rachel ne répondit pas. Il prit son silence pour de l’entêtement plutôt que pour de la douleur.

Une semaine plus tard, il fut moins doux. — Tu dois tourner la page, Rachel. Ça fait un mois.

— C’était pas encore vraiment un bébé, tu sais. Le médecin l’a dit lui-même.

— Je te reconnais plus.

Chaque phrase entrait comme une lame fine, pas dans la blessure , il ne la voyait même pas , mais dans le fait même qu’elle existe. Comme si avoir mal était la faute, et non ce qui l’avait causée.

Rachel le regarda longtemps, ce soir-là, sans rien dire. Elle chercha sur son visage une trace de ce qu’elle aurait voulu trouver ; du chagrin, même petit, même mal exprimé. Elle ne trouva qu’une impatience polie, celle qu’on a devant quelque chose qu’on voudrait voir se terminer.

Elle comprit, sans colère cette fois, juste avec une clarté froide : elle était seule. Elle l’avait toujours été, avec lui. Elle l’avait simplement appris cette nuit de novembre où elle avait cru le contraire.


Un dimanche, Rachel se leva tôt, avant la chaleur, et sortit sur le petit balcon avec un pot de terre vide et une graine qu’elle gardait depuis longtemps sans savoir pourquoi.

Elle planta la graine. Lentement. Sans prière cette fois, sans rien demander à personne. Puis, à voix haute, pour la première fois, elle parla à l’enfant. Je ne sais pas qui tu aurais été. Je ne saurai jamais. Mais tu as existé, pour moi, et ça, personne ne peut me l’enlever. Je te dis au revoir maintenant. Pas parce que je t’oublie. Parce que je dois continuer à vivre, et que toi, tu m’y autorises.

Elle pleura, enfin, vraiment , pas les larmes contenues des couloirs d’hôpital, pas celles qu’on retient devant quelqu’un qui attend qu’on aille mieux. Des larmes longues, sans témoin, qui n’avaient besoin de la permission de personne.

Ce n’était pas une guérison. Rachel le savait. Il n’y aurait pas de matin où elle se réveillerait entière. Mais il y avait ça : un pot de terre, une graine, un dos qui se redressait un peu plus chaque jour.

Elle se leva pour elle. Pas pour lui. Pas pour Dieu. Pas pour le monde qui n’avait jamais arrêté de tourner. Rachel essuya son visage, regarda une dernière fois le pot de terre encore nue, et rentra.

Debout. Brisée. Mais debout.


— Fin de la Partie III —

Fin de « Ce que mes mains n’ont jamais su »

Pour Rachel. Et pour toutes celles qui ont perdu sans avoir eu le choix.

Œuvre terminée !

Vous avez terminé Ce que mes mains n'ont jamais su. Félicitations !

Commentaires

1 commentaire
G
geekdrasyll 2 semaines, 4 jours ago
❤️

Avis sur l'œuvre

4,5
2 avis
G
geekdrasyll
17 Jui 2026
Votre histoire a du potentiel j'adore votre energie . Continue comme ca
S
Sinalp
25 Jui 2026
Elle accroche déjà... J'attends de voir la suite
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